Mardi 6 mai 2008

 

Depuis l'acte de l'évêque Liébert en 1057, la terre et la seigneurie d'Avesnes-le-Sec appartenaient à l'abbaye de Saint Aubert de Cambrai dont les moines suivent l'ordre de Saint-augustin.

 

A l'emplacement de l'actuel Château, plusieurs édifices se sont sûrement succédés, dont il subsiste diverses traces :

 

- les douves qui entouraient le Château féodal,

- le colombier situé près de la ferme avoisinante du château et qui se trouve à  l'intérieur de l'enceinte de l'actuel Château,

- la configuration du parc et les débris du pavillon situés au fond du domaine.

 

Par ailleurs, le Château antérieur a accueilli le 15 juillet 1722 un congrès, suivi d'un dîner et d'une fête champêtre qui réunit les représentants des pays signataires de la quadruple alliance signée à La Haye (la France, l'Angleterre, l'Autriche et la Hollande). Malheureusement, de cet ancien château il ne nous reste plus grand chose.

  

       Malheureusement, l'abbé Jean François Isebrant et les religieux de l’Abbaye de Saint Aubert ne vont pas pouvoir longtemps jouir des nombreux avantages que leur offrait le domaine du château d'Avesnes-le-Sec. Bientôt, ils seront pourchassés et leurs biens seront confisqués et vendus par l'Etat.

 

       Un peu d’histoire :

 

       Le roi Louis XVI convoque les Etats Généraux. La convocation des trois ordres (Clergé, Noblesse et Tiers ordre) ne se faisait que rarement et seulement pour une consultation. Il va en être tout autrement.

 

       Les Etats généraux se réunissent le 5 mai 1789 à Versailles. Pour l'église et le clergé commence une période bien mouvementée et même tragique à certains moments.

 

       En effet, sous la pression du Tiers ordre, dès le 9 juillet les représentants de la nation se déclarent Assemblée Nationale constituante, avec l'intention de donner au pays une nouvelle constitution.

 

       La nuit du 4 août 1789, l'assemblée abolit les privilèges féodaux au nom de la souveraineté nationale et presque un an plus tard le 12 juillet 1790 vote la constitution civile du clergé qui déclare le clergé français indépendant du Saint Siège et attribue à l'élection le recrutement des curés et des évêques.

 

       Ces deux décrets ne resteront pas lettres mortes. Bientôt les biens des églises, monastères et maisons religieuses seront déclarés biens nationaux et mis en vente tandis que les prêtres se verront obligés de prêter serment à la Constitution sous peine de se trouver hors la loi et même d'être considérés comme ennemis de la nation.

 

       Devant cette situation, l'abbé Isebrant ne pouvait mieux faire que de rendre leur liberté à ses religieux. Ceux-ci se dispersent tandis que lui-même se réfugie à Tournai, puis à Bruxelles où il serait mort en 1802.

 

 

Revenons à la construction du Château actuel sous la responsabilité de l’abbaye Jean François Marie Joseph Isebrant de Lendocq :

 

La pierre commémorative déposée dans le caveau à vin du château porte le blason et les inscriptions suivantes :

« Du règne de Louis XVI

Et sous la prélature de messire Jean François Marie Joseph Isebrant de Lendocq abbé régulier de la maison et abbaye de Saint Aubert en Cambrai

Les religieux étant Messieurs

 

Perinoq prieur

Aug. Lefebvre

Castillon

Lochtenberger

Lanquelein

Dahier

Bergman

Coutterfen

Vilin

J.B Lefebvre

Ch. Pagniez

L. Lefebvre

Ledieu

J.C. Lefebvre

Jaq. Pagniez

Huet

Beauvilain

Calez

Denyan

Mauroya

Rous

Bouzez

Delplace

Bricout

Delatte

Delimal

Hocquet

 

L'an 1788, le 24 du mois de juillet, les fondements du château ont été jetés par les ordres et les soins dudit révérend abbé qu'en a posé ce jourdhuy la première pierre au nom de ladite abbaye seigneur propriétaire de la terre et seigneurie d'Avesnes le Sec dont ce digne prélat qui l'administre fait l'avantage comme il fait le bonheur de la maison qu'il gouverne.

Cet édifice a été élevé sous la conduite et la direction du Sieur Beauvais Maître charpentier et entrepreneur en la ville de Cambray ».

 

 

Par des documents des archives départementales de Lille (2E26/169), nous savons que le 10 mai 1788 une convention a été signée entre Jean François Marie Isebrand de Lendoncq abbé de Saint Aubert et le Sieur Antoine Beauvais dont voici la transcription :

 

           « Convention pour Bâtiment du 10 May 1788.

 

Par-devant les notaires Royaux de la résidence de Cambrai soussignés,

Furent présents messire Jean François Marie Isbrand de Lendoncq Abbé de la maison de l'abbaye de Saint Aubert de cette ville d'une part,

 

Le Sieur Antoine Beauvais maître charpentier demeurant à cette ville d'autre part.

 

Le dit Sieur Beauvais s'oblige de bâtir à neuf le château d'Avesnes le secque conformément aux plans, profilés et élévations qui ont été signés par les pasteurs et paraphés par les parties et paraphés par les dits notaires. Le tout aux charges clauses des conditions suivantes, lesquels plans ont été approuvés par mon seigneur l'intendant.

 

 çavoir :

 

1er que le dit Sieur Beauvais s'oblige de fournir tous les matériaux, necessaires pour la construction du château comme mention briques, grais, pierres Blanches du pays provenant dordain, bois de chesne de la meilleure qualité tant en charpente qu'en menuiserie, fer à lime de la meilleure qualité, cloux en latre, du chesne pour les plafonds, ardoise de fumai de la meilleure qualité, à feuillets de bois blancs pour la couverture, carreaux de terre provenant d'anglet fontaine  pour carler le Rez de Chaussée, et le grenier, et une partie des souterrains, et le premier sera planché en bois sera quartier en long bien dur et convenable  et mis en languettes, et toutes les portes et croisés bien fermer, et les croisés vitrés, en beau verre de France bien conditionné.

 

Le mortier sera composé de douze mondes de chaux bien difuse, et plus. S'il le faut et un tombereau de sable, lesquels seront bien démêlés et rebattus afin de foormer une bonne liaison et toutes les briques seront d'une bonne qualité et bien cuites. Le dit bâtiment sera escavé, dans toute la longueur et largeur suivant le plan, toutes les fondations du dit bâtiment seront percées jusqu'au bon ban, pour rendre les  bâtiments solides, et seront faits à trois pieds et six pouces d'épaisseur, les murailles des deux façades et deux pignons seront faittes de deux briques et demi d'épaisseur et tous les murs de séparations en de dans du bâtiment seront faittes conformément au plan, les deux façade du dit bâtiment seront faittes en pierre de taille suivant le plan et profilés, et toute la graisserie de même, toute la charpente sera livrée en bois de chesne bien conditionné, et toutes les dimensions nécessaire pour rendre le dit bâtiment solide, suivant le plans et profilés, et il sera posé des chaînes dans tout le pourtour du dit bâtiment, toute la taille de pierre sera faitte suivant le plan et profilés, et bien conditionné. Tout le bâtiment sera amené à tous les travaux et pour tout où il sera nécessaire pour rendre le dit bâtiment solide.

 

Couverture :

 

 Toute la couverture sera faite en ardoise provenant de Fuma, de la meilleure

Qualité. Et les panneaux et choutisseri n'auront que trois pouces tout au plus. Et il sera livré des plombs pour les lucarnes et des crochets et toutes les faîtières seront en fetrissures bien plombées et sera fait une nochière en plonc sur la longueur des deux versants de dix huit pouces et de largeur d'un crochet à deux lignes d'épaisseurs.

 

 

Menuiserie :

 

 Il sera fait des croisées à toutes les fenêtres du dit bâtiment. Toutes les croisées seront faîtes à petit bois en fausses à quatre carreaux sur la longueur. Bien conditionné et  bien assemblée et elles seront vitrées en beau verre de France et garnies de leurs ferrures, bien conditionnées fermées avec des espagnolettes.

 

Au rez-de-chaussée et au premier, les fenêtres tant du grenier que des souterrains seront  fermés avec cremone touttes les portes du dit batiment seronfaîttes d'assemblage en fontes et des panneaux de planches. Touttes les portes seront faites à doubles parements et embrassement seront garnies de leurs fiches de valse avec serrure  polie à double tour et un bouton à vissette, il sera fait un plancher dans l'appartement de mon Sieur l'abbé au rez-de-chaussée, en planches sur quartier en longueur.

 

Tout le premier étage sera fait en planches, en long en bois sur quartier, et les planches bien conditionnées. Le tout en bois de chesne sur quartier. La grande retonde sera pavée en pierres de Basceque  polies en blanc et bleu avec une étoile dans milieu, et une bordure dans le pourtour de la rotonde. Le grand salon sera parqueté, les autres chambres du rez-de-chaussée et dégagement en carreaux d'engter Fontaine.

 

Plafonds :

 

Il sera fait des plafonds dans tout le rez-de-chaussée suivant le plan et profilés set tous les plafonds du premier seront unies ainsy que celui des mansardes et le tout bien conditionné, et toutes les murailles du rez-de-chaussée, et le premier seront plâtrés de deux grès et en blanc bien polies. Le plafond de la retonde sera fait sans voir de poutres seulement.

 

Carlage :

 

Le rez-de-chaussée et le grenier et une partie des souterrains seront pavés avec des carreaux de terre bien cuites, provenant d'anglet fontaine, de la meilleure qualité.  Et toutes les marches des deux parons seront en grès bien picqué à la taille et bien conditionné.

 

Tous les plans et profilés seront exécutés dans toutes leur formes à terme Et les dits bâtiments rendus à visitte d'expert. Que le dit Sieur Beauvais s'oblige de faire six chambres de domestiques en mansardes donnant sur la cour comme il est spécifié dans le plan geometrique. Lesquels seront cachés comme le reste qui sera à usage de grenier. Il s'oblige aussi de faire mettre toutes les portes et châssis et tous bois extérieurs, en couleur verte ou gris, de trois couches et à lhuille.

 

Le dit Sieur Beauvais restera charger de faire voiturer les pierres blanches et ardoises.

 

Le dit seigneur abbé s'oblige de fournir au Sieur Beauvais les approvisionnements qu'il avait fait jusqu'à ce jour qui consistent en bois scié sur quartier en chesne, tous les feuillets de bois blanc pour la couverture du dit château. La pierre de taille qui se trouve à l'entrée du vieux château. Le grand grillage en fer qui se  trouve en face du château, tous les moellons restés jusqu'à ce jour qui seront livrés au pied du château. Deux briqueteries de cinq à six cent mille briques. Tout le charbon nécessaire restant dans la Basse cour du dit château tous les chesnes marqués dans le bois de Savigni de l'année mille sept cent quatre-vingt-huit en nombre de soixante-dix. Tous les chesnes qui sont taillés et remies  dans le cour de l'abbaye au nombre de vingt-deux à vingt-quatre.

 

Il sera livré au dit Beauvais dans la taille du bois de Savigni de l'année mille sept cent quatre-vingt-neuf trente chesnes dans la taille à son choix.  Dix-huit bois blancs de sept pieds de tour environs à prendre dans le bois d'Avesnes le Secque, pour les bois d'ourdage et autre. Il sera livré par mon dit Seigneur abbé tout le sable nécessaire ou argiles pour la construction du dit château.

 

Toutes les autres voitures nécessaires pour le transport des matériaux bois ou autres seront livrées par mon seigneur abbé tant que les bois que le dit Beauvais fournira de son côté se prendront à Cambrai.

 

 Il sera permis au ditr Beauvais de faire faire à ses frais cinq ou six cent mille de briques dans l'endroit ou celle d'avant elle ont été faites.

 

Le charbon nécessaire pour la cuisson des briques et faire la chaux sera voituré aux frais du dit Beauvais jusqu'à Bouchain. Et de cette ville à Avesnes le Secque à ceux de mon seigneur abbé.

 

Le dit Sieur Beauvais s'oblige à faire et achever le dit château dans toute sa perspective conformément aux dits plans dans les termes de trois campagnes. Savoir dans la première d'avoir fait les fondations à hauteur de graisserie. Dans la deuxième d'avoir fait tout le bâtiment à couvrir et dans la troisième d'avoir finit et livré le tout comme convenu sy dessus au dire d'experts.

 

On fournira au dit Sieur Beauvais une place dans l'ancien château, le pain et la bière pour luy seulement et la nourriture de son cheval.

 

Mon dit Seigneur abbé s'oblige de payer au dit Beauvais pour la construction du dit château au-dessus des charges et clauses sy dessus la somme de quarante mille livres de france savoir.  dix mille livres aussitôt les fondations achevées, quinze mille livres quand le bâtiment sera couvert et les autres quinze mille livres quand le dit château sera à achevé et que les clefs seront délivrées.

 

S'oblige encore le dit Sieur Beauvais de faire une chapelle de la largeur de dix pieds et de longueur de quinze pieds, sans y comprendre les murs qui seront d'une brique et demie, le tout conformément au plan à la quelle chapelle il y aura plafond avec gorge et son architrache. Planchée, voire de plus des lustrines au pignon exposé au midi comme elles sont marquées aux dit plans avec porte et serrure pour lesquelles augmentation. Mon dit seigneur abbé s'oblige de fournir au dit Sieur Beauvais onze bois blancs à prendre dans le bois d'Avesnes le Secque et douze chesnes à prendre dans le bois de Savigni dans la taille de  mille sept cent quatre-vingt neuf. Le tout au-dessus de la quantité cy devant énoncée, et environs de la même qualité que ceux cy.

 

Mon dit Seigneur abbé accorde au dit Sieur Beauvais à luy seul le droit de veiller et d'ordonner aux ouvriers qu'il emploiera pour la construction du dit château, sans que qui ce soit, sous tel prétexte que se puisse être, puisse l'on harceler et le troubler dans ses fonctions. Se réservant seulement de veiller ou faire veiller à ce qu'on employe de bons matériaux.

 

Convenu aussy que dans le cas d'un événement extraordinaire, la dite Abbaye serait surchargée de pensions imprévues, que le dit Seigneur ne voudrait ou ne pouvait faire achever la construction du dit château dans le moment que les ouvrages matériaux achevés il y sera payé au dit Sieur Beauvais ce qui pouvait avoir fait à dire d'experts et qu'il luy seront payés les matériaux et autres approvisionnements qu'il aurait fait préparer avec d'autant plus de raison que les plans se trouvaient approuvés de mon Seigneur l'intendant si mieux il n'aime enlever les encaver.

 

A l'accomplissement et exécution de tout quoi les dits comparent ont obligé et renonçant et ce fut ainsy fait et passé à Cambrai le dix may mille sept cent quatre vingt huit,  y ont signés après lecture et approuvé les renvoyés de la troisième et quatrième face.

Signature :

Jean François Marie Isbrand de Lendoncq abbé de Saint Aubert

Antoine Bauvais »


à suivre

par khadija Laloyaux Jerfel publié dans : Histoire
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