Mardi 6 mai 2008


Qui étaient les propriétaires du château
 ? :

 

Jean-François Marie Joseph ISEBRANT de LENDONCQ, vient d’une famille originaire de Wesphalie mais installée à Tournai, il fut élu à la prélature de Saint-Aubert le 24 juin 1772 pour succéder à Bernard Legoeul. La Révolution ayant chassé les moines de l’abbaye en 1792, Isebrant se réfugia à Tournai où il serait mort vers 1800 ou 1802.

 

Certains pensent que l’architecte qui a fait les plans pourrait être Jacques Ange Gabriel, premier architecte du roi Louis XVI, auteur du Petit Trianon de Versailles en 1762-1764, ainsi que des plans de la façade des appartements du roi au château de Fontainebleau en 1773.

 

Mais, l’architecte Jacques Ange Gabriel est mort en 1782 ; soit six ans avant la construction du château d’Avesnes. Alors, nous pourrions attribuer cet œuvre à son élève Alexandre Brongniart (1739-1813), ce dernier est l'auteur de nombreux bâtiments néo-classiques parisiens, dont le Palais Brongniart (siège de la Bourse), le cimetière du Père Lachaise et divers hôtels particuliers, notamment l’hôtel de Bourbon Condé rue Monsieur le Prince à Paris en 1783. Cet Hôtel ressemble étrangement au château d’Avesnes-le-Sec. Par ailleurs, Alexandre Brongniart a travaillé pour le Palais Fénelon à Cambrai ? Nous pouvons attribuer ce travail à d’autres architectes mais malheureusement nous ne pouvons rien affirmer.

 

Le 12 mars 1791, le château ainsi que son parc furent confisqués et mis en adjudication au district de Valenciennes pour la somme de 18.150 livres.

 

Le château n’a été vendu que le 1er mai 1795 à un certain Pillion. Qui était ce Pillion ? Nous pensons que ce n’est qu’un nom d’empreint pour le vrai acquéreur, le Comte François Marie Joseph de Frahan, officier de Cavalerie au régiment Royal. Monsieur le Comte de Frahan descend d’une famille noble Cambrésienne. Né dans cette ville le 25 mai 1759, il meurt dans son château d’Avesnes accidentellement le 27 juin 1813. Il est enterré dans l’ancien cimetière autour de l’église. Il possédait un blason, « d’or, tiercé en pal : en I un lion, en II une fasce ondée d’azur accompagnée en chef de trois merlettes rangées en fasce, en pointe une rose, et en III trois fasces de sable ».

 

Madame de Frahan née Anne Gabrielle Frémin conserva le château après le décès de son mari jusqu’à sa mort à Cambrai le 1er septembre 1832 à l’âge de 92 ans.

 

Le couple de Frahan Frémin eut cinq filles et un seul fils qui n’a pas eu de descendance. On trouve en généalogie des descendants des filles de Frahan les noms suivants : Wacquez, Flayelle, Meurice, Cordier de Ribeauville, Watier, Jaspar, Voreux, Lescut…

 

Le château a été mis en vente en 1853 par les héritiers du Comte de Frahan. Monsieur Pierre Joseph Danjou, négociant en huile à Cambrai l’acheta. Après sa faillite et sa mort, le domaine est de nouveau mis en vente et acheté le 25 juin 1884 par Nicolas Meriaux qui possédait un tissage à Rieux-en-Cambrésis. A sa mort le domaine est racheté par Ernest Dejardin Verkinder en 1887. Monsieur Dejardin né à Cambrai le 10 juin 1840, avocat et administrateur des mines d’Aniche depuis 1875. Il épousa Marie Verkinder (qui mourut à Paris à l’âge de 69 ans le 19 septembre 1919). Ernest Dejardin Verkinder, restaurera complètement la propriété. Il ajouta les deux ailes basses, il refait le décor de la rotonde et surtout il fait construire des dépendances, écuries, forge, remises, maison, etc…

 

La famille Dejardin Verkinder quitta Avesnes-le-Sec en Août 1914. Monsieur Dejardin mourut en 1920 à Paris. Le couple a eu une fille Henriette qui épousa en 1894 Pierre Lefevre Pontalis, ministre plénipotentiaire ambassadeur au Caire. Leur fils Jean Lefevre Pontalis est né à Avesnes-le-Sec le 7 juillet 1897.

 

Pendant la première guerre mondiale, les Allemands installèrent dans le château l’état-major de la Luftwaffe et transformèrent le parc en refuge pour leurs avions.

 

Le célèbre Baron Manfred Von Richthofen basé à Avesnes-le-Sec logea au château il recevra sur place son nouvel appareil le fameux FOKKER triplan le 13 décembre 1917.

 

Le 14 décembre 1928, Robert LANTHIEZ devint propriétaire du château. Né à Avesnes-le-Sec le 1er juin 1897. Il épousa le 10 mai 1926 Valentine Le Clercq née à Béthune le 27 juillet 1907, fille du premier président à la cour d’appel d’Amiens. Après le décès de son mari le 7 avril 1965, Valentine Lanthiez et son fils Philippe né le 20 juin 1929 devinrent co-propriétaires du domaine le 24 février.

 

Pendant la 2ème guerre mondiale, le château fut de nouveau occupé par les Allemands à plusieurs reprises. C’est probablement à cette époque que la pierre de fondation fut mutilée. Mme Lanthiez, propriétaire du château, a raconté que les Allemands ont brûlé les meubles qui, selon eux, « n’étaient pas dignes de l’armée allemande ».

 

De 1946 à 1954, Jacques Fontaine y installa l’ « Ecole Revivre » qui y accueillit une cinquantaine d’enfants de déportés. L’édifice avait été mis à leur disposition par les propriétaires Lanthiez. Ces enfants et leurs professeurs (Monsieur Fontaine et Monsieur Devaugis) furent les derniers occupants du domaine.

 

Le château a été inscrit à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques en date du 28 janvier 1970, et classé au titre des Monuments Historiques à la date du 21 septembre 1983.

 

 Khadija Laloyaux Jerfel

par khadija Laloyaux Jerfel publié dans : Histoire
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Mardi 6 mai 2008

 

Depuis l'acte de l'évêque Liébert en 1057, la terre et la seigneurie d'Avesnes-le-Sec appartenaient à l'abbaye de Saint Aubert de Cambrai dont les moines suivent l'ordre de Saint-augustin.

 

A l'emplacement de l'actuel Château, plusieurs édifices se sont sûrement succédés, dont il subsiste diverses traces :

 

- les douves qui entouraient le Château féodal,

- le colombier situé près de la ferme avoisinante du château et qui se trouve à  l'intérieur de l'enceinte de l'actuel Château,

- la configuration du parc et les débris du pavillon situés au fond du domaine.

 

Par ailleurs, le Château antérieur a accueilli le 15 juillet 1722 un congrès, suivi d'un dîner et d'une fête champêtre qui réunit les représentants des pays signataires de la quadruple alliance signée à La Haye (la France, l'Angleterre, l'Autriche et la Hollande). Malheureusement, de cet ancien château il ne nous reste plus grand chose.

  

       Malheureusement, l'abbé Jean François Isebrant et les religieux de l’Abbaye de Saint Aubert ne vont pas pouvoir longtemps jouir des nombreux avantages que leur offrait le domaine du château d'Avesnes-le-Sec. Bientôt, ils seront pourchassés et leurs biens seront confisqués et vendus par l'Etat.

 

       Un peu d’histoire :

 

       Le roi Louis XVI convoque les Etats Généraux. La convocation des trois ordres (Clergé, Noblesse et Tiers ordre) ne se faisait que rarement et seulement pour une consultation. Il va en être tout autrement.

 

       Les Etats généraux se réunissent le 5 mai 1789 à Versailles. Pour l'église et le clergé commence une période bien mouvementée et même tragique à certains moments.

 

       En effet, sous la pression du Tiers ordre, dès le 9 juillet les représentants de la nation se déclarent Assemblée Nationale constituante, avec l'intention de donner au pays une nouvelle constitution.

 

       La nuit du 4 août 1789, l'assemblée abolit les privilèges féodaux au nom de la souveraineté nationale et presque un an plus tard le 12 juillet 1790 vote la constitution civile du clergé qui déclare le clergé français indépendant du Saint Siège et attribue à l'élection le recrutement des curés et des évêques.

 

       Ces deux décrets ne resteront pas lettres mortes. Bientôt les biens des églises, monastères et maisons religieuses seront déclarés biens nationaux et mis en vente tandis que les prêtres se verront obligés de prêter serment à la Constitution sous peine de se trouver hors la loi et même d'être considérés comme ennemis de la nation.

 

       Devant cette situation, l'abbé Isebrant ne pouvait mieux faire que de rendre leur liberté à ses religieux. Ceux-ci se dispersent tandis que lui-même se réfugie à Tournai, puis à Bruxelles où il serait mort en 1802.

 

 

Revenons à la construction du Château actuel sous la responsabilité de l’abbaye Jean François Marie Joseph Isebrant de Lendocq :

 

La pierre commémorative déposée dans le caveau à vin du château porte le blason et les inscriptions suivantes :

« Du règne de Louis XVI

Et sous la prélature de messire Jean François Marie Joseph Isebrant de Lendocq abbé régulier de la maison et abbaye de Saint Aubert en Cambrai

Les religieux étant Messieurs

 

Perinoq prieur

Aug. Lefebvre

Castillon

Lochtenberger

Lanquelein

Dahier

Bergman

Coutterfen

Vilin

J.B Lefebvre

Ch. Pagniez

L. Lefebvre

Ledieu

J.C. Lefebvre

Jaq. Pagniez

Huet

Beauvilain

Calez

Denyan

Mauroya

Rous

Bouzez

Delplace

Bricout

Delatte

Delimal

Hocquet

 

L'an 1788, le 24 du mois de juillet, les fondements du château ont été jetés par les ordres et les soins dudit révérend abbé qu'en a posé ce jourdhuy la première pierre au nom de ladite abbaye seigneur propriétaire de la terre et seigneurie d'Avesnes le Sec dont ce digne prélat qui l'administre fait l'avantage comme il fait le bonheur de la maison qu'il gouverne.

Cet édifice a été élevé sous la conduite et la direction du Sieur Beauvais Maître charpentier et entrepreneur en la ville de Cambray ».

 

 

Par des documents des archives départementales de Lille (2E26/169), nous savons que le 10 mai 1788 une convention a été signée entre Jean François Marie Isebrand de Lendoncq abbé de Saint Aubert et le Sieur Antoine Beauvais dont voici la transcription :

 

           « Convention pour Bâtiment du 10 May 1788.

 

Par-devant les notaires Royaux de la résidence de Cambrai soussignés,

Furent présents messire Jean François Marie Isbrand de Lendoncq Abbé de la maison de l'abbaye de Saint Aubert de cette ville d'une part,

 

Le Sieur Antoine Beauvais maître charpentier demeurant à cette ville d'autre part.

 

Le dit Sieur Beauvais s'oblige de bâtir à neuf le château d'Avesnes le secque conformément aux plans, profilés et élévations qui ont été signés par les pasteurs et paraphés par les parties et paraphés par les dits notaires. Le tout aux charges clauses des conditions suivantes, lesquels plans ont été approuvés par mon seigneur l'intendant.

 

 çavoir :

 

1er que le dit Sieur Beauvais s'oblige de fournir tous les matériaux, necessaires pour la construction du château comme mention briques, grais, pierres Blanches du pays provenant dordain, bois de chesne de la meilleure qualité tant en charpente qu'en menuiserie, fer à lime de la meilleure qualité, cloux en latre, du chesne pour les plafonds, ardoise de fumai de la meilleure qualité, à feuillets de bois blancs pour la couverture, carreaux de terre provenant d'anglet fontaine  pour carler le Rez de Chaussée, et le grenier, et une partie des souterrains, et le premier sera planché en bois sera quartier en long bien dur et convenable  et mis en languettes, et toutes les portes et croisés bien fermer, et les croisés vitrés, en beau verre de France bien conditionné.

 

Le mortier sera composé de douze mondes de chaux bien difuse, et plus. S'il le faut et un tombereau de sable, lesquels seront bien démêlés et rebattus afin de foormer une bonne liaison et toutes les briques seront d'une bonne qualité et bien cuites. Le dit bâtiment sera escavé, dans toute la longueur et largeur suivant le plan, toutes les fondations du dit bâtiment seront percées jusqu'au bon ban, pour rendre les  bâtiments solides, et seront faits à trois pieds et six pouces d'épaisseur, les murailles des deux façades et deux pignons seront faittes de deux briques et demi d'épaisseur et tous les murs de séparations en de dans du bâtiment seront faittes conformément au plan, les deux façade du dit bâtiment seront faittes en pierre de taille suivant le plan et profilés, et toute la graisserie de même, toute la charpente sera livrée en bois de chesne bien conditionné, et toutes les dimensions nécessaire pour rendre le dit bâtiment solide, suivant le plans et profilés, et il sera posé des chaînes dans tout le pourtour du dit bâtiment, toute la taille de pierre sera faitte suivant le plan et profilés, et bien conditionné. Tout le bâtiment sera amené à tous les travaux et pour tout où il sera nécessaire pour rendre le dit bâtiment solide.

 

Couverture :

 

 Toute la couverture sera faite en ardoise provenant de Fuma, de la meilleure

Qualité. Et les panneaux et choutisseri n'auront que trois pouces tout au plus. Et il sera livré des plombs pour les lucarnes et des crochets et toutes les faîtières seront en fetrissures bien plombées et sera fait une nochière en plonc sur la longueur des deux versants de dix huit pouces et de largeur d'un crochet à deux lignes d'épaisseurs.

 

 

Menuiserie :

 

 Il sera fait des croisées à toutes les fenêtres du dit bâtiment. Toutes les croisées seront faîtes à petit bois en fausses à quatre carreaux sur la longueur. Bien conditionné et  bien assemblée et elles seront vitrées en beau verre de France et garnies de leurs ferrures, bien conditionnées fermées avec des espagnolettes.

 

Au rez-de-chaussée et au premier, les fenêtres tant du grenier que des souterrains seront  fermés avec cremone touttes les portes du dit batiment seronfaîttes d'assemblage en fontes et des panneaux de planches. Touttes les portes seront faites à doubles parements et embrassement seront garnies de leurs fiches de valse avec serrure  polie à double tour et un bouton à vissette, il sera fait un plancher dans l'appartement de mon Sieur l'abbé au rez-de-chaussée, en planches sur quartier en longueur.

 

Tout le premier étage sera fait en planches, en long en bois sur quartier, et les planches bien conditionnées. Le tout en bois de chesne sur quartier. La grande retonde sera pavée en pierres de Basceque  polies en blanc et bleu avec une étoile dans milieu, et une bordure dans le pourtour de la rotonde. Le grand salon sera parqueté, les autres chambres du rez-de-chaussée et dégagement en carreaux d'engter Fontaine.

 

Plafonds :

 

Il sera fait des plafonds dans tout le rez-de-chaussée suivant le plan et profilés set tous les plafonds du premier seront unies ainsy que celui des mansardes et le tout bien conditionné, et toutes les murailles du rez-de-chaussée, et le premier seront plâtrés de deux grès et en blanc bien polies. Le plafond de la retonde sera fait sans voir de poutres seulement.

 

Carlage :

 

Le rez-de-chaussée et le grenier et une partie des souterrains seront pavés avec des carreaux de terre bien cuites, provenant d'anglet fontaine, de la meilleure qualité.  Et toutes les marches des deux parons seront en grès bien picqué à la taille et bien conditionné.

 

Tous les plans et profilés seront exécutés dans toutes leur formes à terme Et les dits bâtiments rendus à visitte d'expert. Que le dit Sieur Beauvais s'oblige de faire six chambres de domestiques en mansardes donnant sur la cour comme il est spécifié dans le plan geometrique. Lesquels seront cachés comme le reste qui sera à usage de grenier. Il s'oblige aussi de faire mettre toutes les portes et châssis et tous bois extérieurs, en couleur verte ou gris, de trois couches et à lhuille.

 

Le dit Sieur Beauvais restera charger de faire voiturer les pierres blanches et ardoises.

 

Le dit seigneur abbé s'oblige de fournir au Sieur Beauvais les approvisionnements qu'il avait fait jusqu'à ce jour qui consistent en bois scié sur quartier en chesne, tous les feuillets de bois blanc pour la couverture du dit château. La pierre de taille qui se trouve à l'entrée du vieux château. Le grand grillage en fer qui se  trouve en face du château, tous les moellons restés jusqu'à ce jour qui seront livrés au pied du château. Deux briqueteries de cinq à six cent mille briques. Tout le charbon nécessaire restant dans la Basse cour du dit château tous les chesnes marqués dans le bois de Savigni de l'année mille sept cent quatre-vingt-huit en nombre de soixante-dix. Tous les chesnes qui sont taillés et remies  dans le cour de l'abbaye au nombre de vingt-deux à vingt-quatre.

 

Il sera livré au dit Beauvais dans la taille du bois de Savigni de l'année mille sept cent quatre-vingt-neuf trente chesnes dans la taille à son choix.  Dix-huit bois blancs de sept pieds de tour environs à prendre dans le bois d'Avesnes le Secque, pour les bois d'ourdage et autre. Il sera livré par mon dit Seigneur abbé tout le sable nécessaire ou argiles pour la construction du dit château.

 

Toutes les autres voitures nécessaires pour le transport des matériaux bois ou autres seront livrées par mon seigneur abbé tant que les bois que le dit Beauvais fournira de son côté se prendront à Cambrai.

 

 Il sera permis au ditr Beauvais de faire faire à ses frais cinq ou six cent mille de briques dans l'endroit ou celle d'avant elle ont été faites.

 

Le charbon nécessaire pour la cuisson des briques et faire la chaux sera voituré aux frais du dit Beauvais jusqu'à Bouchain. Et de cette ville à Avesnes le Secque à ceux de mon seigneur abbé.

 

Le dit Sieur Beauvais s'oblige à faire et achever le dit château dans toute sa perspective conformément aux dits plans dans les termes de trois campagnes. Savoir dans la première d'avoir fait les fondations à hauteur de graisserie. Dans la deuxième d'avoir fait tout le bâtiment à couvrir et dans la troisième d'avoir finit et livré le tout comme convenu sy dessus au dire d'experts.

 

On fournira au dit Sieur Beauvais une place dans l'ancien château, le pain et la bière pour luy seulement et la nourriture de son cheval.

 

Mon dit Seigneur abbé s'oblige de payer au dit Beauvais pour la construction du dit château au-dessus des charges et clauses sy dessus la somme de quarante mille livres de france savoir.  dix mille livres aussitôt les fondations achevées, quinze mille livres quand le bâtiment sera couvert et les autres quinze mille livres quand le dit château sera à achevé et que les clefs seront délivrées.

 

S'oblige encore le dit Sieur Beauvais de faire une chapelle de la largeur de dix pieds et de longueur de quinze pieds, sans y comprendre les murs qui seront d'une brique et demie, le tout conformément au plan à la quelle chapelle il y aura plafond avec gorge et son architrache. Planchée, voire de plus des lustrines au pignon exposé au midi comme elles sont marquées aux dit plans avec porte et serrure pour lesquelles augmentation. Mon dit seigneur abbé s'oblige de fournir au dit Sieur Beauvais onze bois blancs à prendre dans le bois d'Avesnes le Secque et douze chesnes à prendre dans le bois de Savigni dans la taille de  mille sept cent quatre-vingt neuf. Le tout au-dessus de la quantité cy devant énoncée, et environs de la même qualité que ceux cy.

 

Mon dit Seigneur abbé accorde au dit Sieur Beauvais à luy seul le droit de veiller et d'ordonner aux ouvriers qu'il emploiera pour la construction du dit château, sans que qui ce soit, sous tel prétexte que se puisse être, puisse l'on harceler et le troubler dans ses fonctions. Se réservant seulement de veiller ou faire veiller à ce qu'on employe de bons matériaux.

 

Convenu aussy que dans le cas d'un événement extraordinaire, la dite Abbaye serait surchargée de pensions imprévues, que le dit Seigneur ne voudrait ou ne pouvait faire achever la construction du dit château dans le moment que les ouvrages matériaux achevés il y sera payé au dit Sieur Beauvais ce qui pouvait avoir fait à dire d'experts et qu'il luy seront payés les matériaux et autres approvisionnements qu'il aurait fait préparer avec d'autant plus de raison que les plans se trouvaient approuvés de mon Seigneur l'intendant si mieux il n'aime enlever les encaver.

 

A l'accomplissement et exécution de tout quoi les dits comparent ont obligé et renonçant et ce fut ainsy fait et passé à Cambrai le dix may mille sept cent quatre vingt huit,  y ont signés après lecture et approuvé les renvoyés de la troisième et quatrième face.

Signature :

Jean François Marie Isbrand de Lendoncq abbé de Saint Aubert

Antoine Bauvais »


à suivre

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Lundi 21 avril 2008
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Lundi 21 avril 2008
par khadija Laloyaux Jerfel publié dans : Quotidien
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Lundi 21 avril 2008

Les templiers, ordre à la fois

religieux et militaire.

 

 La vocation de moine bâtisseur, porteur de bonne parole est-elle compatible avec celle de soldat le plus souvent en opposition avec ce concept ?

 

Cela n’apparaît-il pas comme une véritable contradiction ? C’est ce à quoi nous nous efforcerons de répondre.

Pour l’Eglise, à cette époque, il s’agit à la fois d’humaniser la guerre, de la rendre moins atroce, moins meurtrière et de minimiser la lutte entre deux civilisations : chrétienne d’une part, musulmane de l’autre.

 Plus tard, l’existence des Templiers, chevaliers du Temple, aura pour but de mettre en valeur à la fois le gouvernement d’un pays autant que sa grandeur sur le monde. Certes, bien des questions relatives à l’existence du Temple sont restées inexplicables donc inexpliquées mais rien ne prouve qu’elles soient du domaine de cet ordre. Quoi qu’il en soit, les Templiers eurent une existence monastique rigoureuse qui en fit à la fois des religieux et des soldats mais aussi des régisseurs, des administrateurs, parfois des diplomates mais aussi et surtout des banquiers.

 

Comme il a été précisé dans le numéro 4 des livrets « Avesnes-le-Sec au fil du temps », la fondation du mouvement est contemporaine de la première croisade.

 Appelé tout d’abord « l’ordre des Pauvres Chevaliers du Christ » par ses fondateurs Hugues de Payns et Geoffroy de St Omer, il devint plus tard tout simplement l’Ordre du Temple. Tous deux se mirent au service du Roi de Jérusalem couronné dans l’église de Bethléem le jour de Noël de cette année 1119.

 Les premiers Templiers conservèrent les us et coutumes des chanoines réguliers du Saint Sépulcre lesquels rituels provenaient indirectement de Godefroy de Bouillon qui fut aussi l’instigateur de la croisade des seigneurs laquelle avait abouti à la prise de Jérusalem en 1099. L’ordre du Temple reçut sa règle de Saint Bernard au concile de Troyes en 1128 dont les actes révèlent les noms des quatorze chevaliers sous la présidence du cardinal d’Albano, ancien prieur de Saint Martin des Champs à Paris.

 L’assemblée conciliaire comprenait également douze archevêques et évêques, quatre abbés bénédictins et quatre abbés cisterciens (de l’abbaye de Cîteaux).

 La rivalité existant entre Saint Bernard et le comte de Champagne Hugues de Troyes freina un moment le développement du mouvement templier mais la bulle pontificale de 1163 après celle de 1139 accrut considérablement ses privilèges.

 Il en résulta tant en Orient qu’en Occident un accroissement du nombre des frères et de leurs biens. A la mort de Robert de Craon, deuxième maître du Temple, on comptait deux ensembles de trois cent cinquante chevaliers prêts au combat ainsi que mille deux cents sergents et bien d’autres membres à temps tous attitrés à la Maison de Jérusalem. De nombreux Templiers s’établirent dans les provinces jusqu’en Espagne, au Portugal, en Allemagne (Trèves) et en Italie. 

On a compté à l’époque jusqu’à 3468 châteaux, forteresses ou maisons dépendantes placées sous l’autorité du Commandeur. Certains commandeurs majeurs supervisaient plusieurs maisons dans une même région ce qui est le cas pour la commanderie des Templiers d’Avesnes-le-Sec.
 
L’ordre des Templiers était régi par une organisation très stricte.

Ils obéissent parfaitement à leur supérieur, ils évitent tout superflu dans la nourriture et les vêtements. Ils vivent en commun dans une société agréable, mais frugale, sans femmes ni enfants, sans posséder rien en propre, pas même leur volonté…

 Ils ne sont jamais oisifs et quand ils ne marchent point à la guerre, ce qui est rare, ils raccommodent leurs armes ou leurs habits et font enfin ce que le maitre leur ordonne. Ils détestent les échecs, les dés, la chasse et la fauconnerie.

A l’approche du combat, ils s’arment de foi au-dedans et de fer au dehors, sans ornement sur eux ni sur leurs chevaux, ils chargent vigoureusement l’ennemi sans craindre le nombre et la fureur des barbares, se confiant non en leur force mais en la puissance du dieu des armées, ainsi ils joignent ensemble la douceur des moines et le courage des soldas.

 Selon Saint Bernard : « le chevalier du Christ donne la mort en tout sécurité et la reçoit avec plus d’assurance encore. S’il meurt, c’est pour son bien, s’il tue, c’est pour le Christ. »

 Au sommet de la hiérarchie se trouvait le Grand Maître dont les pouvoirs étaient toutefois limités par le chapitre qu’il se devait de consulter. Pour toutes les décisions importantes, il devait se ranger à l’avis de la majorité, ne disposant lui-même que d’une seule voix. Il bénéficiait personnellement d’un « équipement domestique » composé du chapelain, d’un clerc, de plusieurs sergents, d’un écrivain interprète, d’un ou plusieurs turcoples (chevaliers d’origine turque), d’un ou plusieurs écuyers.

 Trois chevaliers de haut rang faisaient partie de son conseil et, en campagne, il était porteur du gonfanon baussant qui était l’étendard noir et blanc de l’ordre.

 Puis venait le sénéchal qui le remplaçait en cas d’absence. Le maréchal détenteur de l’autorité militaire pouvait également remplacer l’un et l’autre de ces hauts personnages. Le Commandeur de la terre et du royaume de Jérusalem était aussi le grand trésorier de l’ordre. Un drapier s’occupait de l’habillement des frères.

 Ensuite, après les commandeurs des 3 premières provinces (Jérusalem, Antioche, Tripoli) se succédaient les commandeurs des autres provinces.

 Tous ces personnages étaient reconnus comme de grands dignitaires.

 Les commandeurs des maisons, les commandeurs des chevaliers, les chevaliers puis les sergents comprenant notamment le sous maréchal, le gonfanonier, le cuisinier, le maréchal ferrant, complétaient les responsables du bon fonctionnement de l’ordre. A la base, les casaliers avaient la charge des fermes, les turcopliers commandaient les turcoples (les troupes légères auxiliaires) puis venaient les frères de métiers (maçons, selliers, bourreliers, tailleurs).Les chapelains dépendaient directement du Saint –Siège.

 En appliquant une telle hiérarchie, en s’impliquant dans l’aventure des croisades, les Templiers ont bénéficié au départ d’une énorme popularité. Les dons en leur faveur affluaient.

 Tout en étant un ordre militaire, le Temple accomplit dans les pays vivant une paix relative une œuvre civilisatrice importante en défrichant, en aménageant de vastes domaines dont les rapports allaient croissant.

Au fil du temps, le Temple acquit une richesse immense, un pouvoir synarchique indéniable. Cette situation ne manqua pas de provoquer des jalousies, excita des convoitises qui furent à l’origine de sa perte.

 Des réformes opérées dans le Temple aboutirent finalement à un durcissement des statuts que de nombreuses bulles pontificales confirmèrent comme précédemment. Sous l’impulsion de Raymond de Lille (l’un des deux Templiers à être canonisés par la suite) Martin IV essaya d’unir Templiers et Hospitaliers. En vain. Plus tard, le grand maître Jacques de Molay refusa également cette fusion que présenta le pape Boniface VIII.

 L’opulence de l’ordre du Temple provient de nombreuses sources de profit :

-          les dotations : les seigneurs faisant vœu de pauvreté au moment d’entrer dans l’ordre lui apportent tout ou partie de leurs viens afin d’obtenir le « salut de leur âme » selon la formule consacrée. Tous donnent au Temple, qui un champ, qui une vigne, certain une maison, un autre une rente. C’est l’époque des Croisades, cela répond à un grand élan de foi.

-          Les activités commerciales : non seulement, ils vendent les produits résultant de l’exploitation des domaines des commanderies, mais ils se réservent l’exclusivité de certains négoces.

-          Les quêtes et redevances : ils sont autorisés, une fois l’an, à faire des quêtes, à percevoir la dîme sur les terres provenant de donations et des redevances sur les moulins, pêcheries, chasse, foires et marchés.

 L’ordre du Temple s’est révélé décadent après la chute de Saint Jean d’Acre succédant à la prise du Krak des Chevaliers en 1271.

 Après la chute de Saint Jean d’Acre tombé en 1291 aux mains des musulmans, l’action des Templiers se concentra en France.

 L’entrée dans l’ordre ayant été refusée au roi de France Philippe le Bel, celui-ci décida de les faire supprimer. Il faut dire qu’après les Etats Généraux de 1304, les besoins en argent étaient devenus tellement pressants face à un ordre si riche qu’il était devenu le banquier des monarchies environnantes, des princes et des papes eux-mêmes. La tentation était forte de s’accaparer leurs biens en les excommuniant puis les exécutant.

 Le vendredi 13 octobre 1307 à l’aube, tous les Templiers de France furent arrêtés et emprisonnés. Le roi prit possession de la Tour du Temple où se trouvaient le trésor et les livres de compte.

 Les Templiers de Paris au nombre de cent quarante puis ceux de province furent soumis à la question, subirent les pires tortures (ruse, mensonge, chevalet, bûcher) et furent contraints d’avouer des ignominies incroyables avant de se rétracter.

 Nous ne reviendrons pas sur le sort réservé aux Templiers d’Avesnes-le-Sec venus assister au procès de leurs frères. Ils furent arrêtés par le Prévôt de Paris puis libérés sur l’intervention de la Cour Pontificale qui admit de les considérer comme citoyens de l’Empire et non comme sujets du Roi de France.

 Une règle était observée quant à la vie conventuelle des Templiers. Les devoirs religieux leur imposaient d’assister aux offices dits par les frères chapelains (dans chaque commanderie existait une chapelle). A certaines heures dites canoniales, ils se devaient de réciter un certain nombre de patenôtres. De la Toussaint à Pâques, chaque vendredi et à la veille de grandes fêtes, les jeûnes étaient observés de façon rigoureuse.

 Les frères mangeaient dans le « palais » (nom donné au réfectoire) à raison de deux par écuelle, les restes étant distribués aux pauvres.

 La discipline au sein de la communauté était très rude. Elle était exposée en deux parties énumérant les peines encourues pour manquement à la règle. Les peines allaient de l’exclusion ou perte de la maison à la privation de l’habit pour un an et un jour ou plus simplement la perte de l’habit pour trois jours, le jeûne, la mise en répit, sorte de pénitence dans l’attente d’une décision, la remise du fautif au frère chapelain, relaxe ou emprisonnement.

 Le trousseau pour la vie conventuelle comprenait deux chemises, deux paires de chausses, deux braies, un justaucorps, une pelisse, deux manteaux dont un avec une fourrure pour l’hiver, une chape, une tunique et une ceinture. Les frères sergents étaient vêtus comme les chevaliers, cependant les étoffes étaient plus grossières et la couleur du manteau différente : blanc pour les chevaliers, noir pour les chapelains, les sergents et les écuyers.

 La croix rouge de l’ordre, donnée par le Pape Eugène III en 1146 était appliquée sans distinction sur tous les manteaux.

 Les frères couchaient avec leurs vêtements de dessous sur un sac ou paillasse. Ils avaient droit à un linceul ou drap ainsi qu’à deux couvertures : une étamine et une carpite. La tenue de campagne comportait un haubert et des chausses de fer, un heaume, des espalières, des souliers d’armer, un jupon d’armer. L’armement se composait d’un écu en bois recouvert de cuir, d’une épée, d’une lance, d’une masse turque et d’un couteau d’arme.

 Deux sacs servaient à porter tout cet équipement. Aucune arme ni aucun écu ne pouvait être peint ou fourbi.

 Dans les années qui précédèrent le procès intenté aux Templiers, de nombreux reproches leur ont été adressés. L’élan de foi qu’ils avaient provoqué leur avait accordé une telle confiance qu’ils devinrent rapidement un état très puissant au sein d’un domaine royal si faible que les premiers capétiens avaient tellement de mal d’affirmer d’abord à étendre ensuite. La richesse de l’Ordre, son brusque rayonnement, habituèrent peu à peu ses membres à vivre dans l’opulence, oublieux des « vœux de pauvreté, chasteté et obéissance » qu’ils avaient été amenés à prononcer à leur entrée dans la maison templière. D’autres griefs tenant aux mœurs, aux dérives les plous dégradantes sont venus plus tard semer le doute sur le bien fondé de leur existence à un moment où après la mort de Saint Louis en 1270, les croisades tout à coup s’essoufflaient.

 L’ordre du Temple fut supprimé « mais non condamné ». Il fut injustement anéanti. La bulle de Clément V abolissait l’ordre sous l’influence de Philippe le Bel qui ne pardonnait aux frères du Temple ni leur richesse ni, surtout, d’avoir participé contre lui à la bataille de Courtrai en 1302.

 Après le concile de Vienne en 1312, les Templiers se retirèrent dans diverses maisons religieuses ou dans l’ordre de Saint Jean de Jérusalem comme le signalaient de nombreux actes.

 Revenons plus prosaïquement sur la commanderie d’Avesnes-le-Sec. Elle comprenait obligatoirement une chapelle, la demeure du maître des lieux, des bâtiments d’exploitation agricole, des abris pour le bétail (écuries, étable, bergerie..) également un abreuvoir, un pigeonnier lui donnant ses lettres de noblesse ainsi qu’une grange dîmière où l’on entreposait la dîme que les chevaliers du Temple étaient chargés de percevoir en lieu et place du clergé.

 Leur domaine s’étendait des deux côtés de la rue qui mène de l’actuelle mairie à l’église puis de la mairie dans la direction opposée.

 On prétend qu’elle rivalisa d’importance avec la commanderie du Piéton en Belgique. Les maisons templières de Beaulieu (Valenciennes) de Cagnoncles (Cambrésis) de Saint Aubin (Avesnois) et d’Avesnes Lez Aubert étaient sous sa coupe.

Le bailliage du Hainaut Cambrésis s’étendait du Cambrésis aux confins de la Flandre, du Hainaut belge aux confins de l’Artois englobant l’Ostrevant. Il se situait au centre d’un terroir particulièrement riche, fertile et partant très fécond.

 Parmi les 47 ordres du Temple actuellement répertoriés et les quelques 60 ordres militaires pouvant prétendre à une spiritualité templière, en dehors des ordres maçonniques, on peut dire que seul l’ordre de Montesa au Portugal peut se qualifier de véritable successeur du Temple. Quant à l’ordre des Chevaliers de Malte, il n’a fait qu’hériter des biens temporels du Temple à partir de 1530.

 En conclusion, nous baisserons le rideau sur un mouvement paraissant équivoque, à la fois religieux et ô combien militaire qui a marqué pendant des siècles la vie de notre commune au même titre que la pierre d’Avesnes qui a tant apporté à l’économie et au renom de nos armoiries.

 Après un tel bilan tellement positif, notre commune doit survivre en surmontant ses dualités qui ne datent pas d’aujourd’hui et remontent aux temps les plus éloignés.

 

 

par khadija Laloyaux Jerfel publié dans : Histoire
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Samedi 12 avril 2008

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